Blackthorn
Mateo Gil est un excellent scénariste, il l'a prouvé en signant la plupart des films de Alejandro Amenabar ("Mare Adentro", "Abre los ojos", "Tesis"). Mais Mateo Gil est aussi devenu réalisateur en signant quelques court-métrages et un premier long en 1999, le trop mésestimé "Jeu de rôles", le deuxième DVD que je me suis acheté après "Tokyo Raider" avec Tony Leung Chiu Wai.
"Jeu de rôles" est, à mon sens, un excellent thriller dans lequel Eduardo Noriega démontre qu'il mérite mieux que sa carrière actuelle.
Rien d'étonnant, alors, de trouver l'acteur fétiche de Alejandro Amenabar et du premier film de Mateo Gil dans le second film du réalisateur.
Butch Cassidy et Sundance Kid, sont deux figures mythiques du western gravés à jamais dans la pellicule sous les traits de Paul Newman et Robert Redford.
Les deux hommes (les vrais, pas les acteurs) sont morts en Bolivie en 1908. En tout cas, c'est ce que tout le monde pensait jusqu'à très récemment où des analyses ADN ont démontré que les corps que l'on prenait pour ceux des deux célèbres bandits, ne sont pas les leurs.
A partir de cette information, Mateo Gil et son scénariste Miguel Barros, décident d'imaginer ce qu'il a pu advenir aux deux hommes.
Butch Cassidy a survécu (pas Sundance kid) et élève des chevaux, dans une fermette accrochée à la montagne bolivienne, depuis 20 ans. Désormais, il se fait appeler James Blackthorn. C'est en apprenant le décès de la femme qu'il aimait à l'époque où il était bandit de grand chemin qu'il décide de retourner au pays pour connaître celui qui pourrait bien être son fils (à moins que ce soit le fils de Sundance Kid).
James Blackthorn vide son compte en banque, vend tous ses chevaux et aspire à une nouvelle vie, au pays, dans une ferme, avec le jeune homme qu'il ne connaît pas encore.
Mais, en cours de chemin, Eduardo, un ingénieur espagnol, lui tire dessus, pensant qu'il est à sa poursuite. Le cheval de Blackthorn s'enfuit et, avec lui, tout son argent. Mais Eduardo lui explique qu'il a volé l'argent d'un riche minier et lui propose de partager le pactole avec lui s'il l'aide à se débarrasser des hommes à sa poursuite et à rejoindre l'endroit où il a caché le trésor. A la fois pour se refaire, pour revivre l'exaltation de sa vie de bandit et, aussi, parce qu'il sent naître un lien paternaliste entre lui et Eduardo, James accepte.
Butch Cassidy est magnifiquement interprété par Sam Shepard qui n'en est pas à son premier Western ("L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford" et, dans une autre mesure "Coeur de tonnerre" ou "Les moissons du ciel"). Eduardo, je vous le donne en mille, c'est Eduardo Noriega.
Avec cette histoire de vieux briscard qui sort de sa retraite pour reprendre les armes, comment ne pas penser à l'immense film de Clint Eastwood, "Impitoyable" ? Difficile pour Mateo Gil et Sam Shepard de passer derrière le chef d'oeuvre de Clint. Si Sam Shepard relève correctement le défi, Mateo Gil, par contre, s'avère un brin trop sage pour totalement réussir le pari.
Mais le réalisateur espagnol a, pour excuse, d'avoir moins d'expérience en matière de Western que le grand Clint, aussi on lui pardonnera son "classicisme" et son manque de prise de risques.
Car on ne peut pas reprocher au réalisateur de ne pas nous offrir de beaux plans sur les magnifiques paysages boliviens. On ne peut pas non plus lui reprocher de grosses fautes de réalisations, non, juste un manque d'envergure.
Le gros problème du film réside dans les flashbacks censés expliquer l'amitié et les sentiments entre les deux bandits et la jeune femme qui les accompagne dans leurs aventures. Ces passages sont trop présents et relativement inutiles puisque Matteo Gil aurait pu se contenter soit d'un seul flashback de quelques secondes pour planter le décor, soit de l'évoquer sans jamais le montrer. Mais ces éléments sont très répétitifs et inutiles, d'autant que les acteurs jouant les bandits jeunes, n'ont pas le charisme d'un Sam Shepard (l'acteur jouant Sundance Kid est même totalement transparent). Mais les flashbacks sont encore plus plombés par un détail, le fait que le jeune Butch et le vieux Butch ne sont pas joués par le même acteur alors que le jeune agent de Pinkerton et le vieil agent de Pinkerton sont tous les deux joués par Stephen Rea, ce qui manque de crédibilité.
Si on rajoute à cela quelques incohérences, notamment dans le comportement de l'agent Pinkerton, on peut en conclure que le film ne manque pas de défauts, d'autant qu'Eduardo Noriega est incroyablement fade dans son rôle.
Pour autant, il serait dommage de passer à côté de ce film tant il offre tout de même un agréable spectacle. Comment ne pas apprécier la course à travers le désert de sel ou les grands espaces des montagnes boliviennes ?
Mais ce qui fait aussi l'intérêt du film c'est le parallèle que l'on peut faire avec les grands bandits de l'ouest américain de l'époque et ceux du début des années 1900 avec nos gangsters des années 50 et ceux de maintenant. Le code d'honneur. Voler, oui, mais pas n'importe comment et, surtout, pas n'importe qui.
Butch Cassidy fait donc impression de dinosaure avec son code éthique de voleurs par rapport à un nouveau monde auquel il n'appartient pas. Car si l'homme n'est pas mort, le bandit, lui, oui. L'homme n'a plus sa place dans un monde sans honneur et sans flamboyance. Son retour aux armes lui démontrera donc qu'il n'a plus sa place dans cette univers.
Au final, "Blackthorn" est un western à la fois classique et atypique qui relie passé et modernité et qui, sur l'espace d'une génération, démontre que ce qui nourrit un jour, tue le lendemain, à travers la réflexion de James à propos du développement du train qui a tué son "métier", alors que son métier était né grâce à l'apparition du train.
Avec des qualités indéniables dont l'interprétation de Shepard et de magnifiques décors, et des défauts dont un scénario parfois peu crédible, des flashbacks plombant et un manque d'envergure et de flamboyance.
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